• Cédric Leresche

Ma première "quête de vision"


Ça y est. J'avais choisi "mon" arbre. Il était relativement "petit". Je pouvais presque faire le tour de son tronc avec mes bras. Mon mental aurait préféré en prendre un plus gros pour pouvoir m'y adosser plus confortablement dessus, mais à mon approche, un lapin avait choisi de me laisser la place et de détaler. J'avais pris cela comme une invitation pour y installer ma résidence temporaire. Je traça un cercle sur la terre d'environ 2 mètres de rayon et entrepris de mettre l’intérieur à ma convenance. Puis j'y déposa mon tissu, mes "gris-gris" et mon tambour.

J'étais fin prêt pour rester 3 jours et 2 nuits au pied de ce conifère sans manger et sans boire. Une phrase que j'avais entendu mainte et mainte fois durant ma scolarité me revint alors en mémoire : "On ne peut rester en vie qu'un mois sans manger et trois jours sans boire". Cette pensée fût très vite chassée par une autre : "Oui, c'est ce qui est dit...". Cela faisait déjà quelque temps que j'étais rentré dans un processus de "désapprentisage" et j'avais pu me rendre compte que beaucoup de choses qu'on m'avait inculquées par le passé étaient personnellement et expérimentalement non valides. Je m'assis donc le plus confortablement possible contre "mon" arbre et commença à laisser mes pensées déambuler librement.

J'étais arrivé la veille au matin. Le repas du midi avait été constitué de quelques fruits, suivi par une hutte de sudation d'environ 6 heures, puis par une "cérémonie chamanique" qui avait fait s'écouler la majorité de la nuit. Cette cérémonie avait été assez intense et m'avait bien allégé sur tous les plans. L'instant du sommeil avait été assez fugace et c'est "vidé" que je m'étais réveillé au lever du jour pour partir à la recherche de "mon endroit".

Ce flash back terminé, je revins au moment présent pour m'imprégner de mon environnement et de ce qui m'entourait par delà le cercle. Impossible de dire exactement combien de temps cet "examen" avait pu durer, mais la nuit commençait à tomber. La sensation de faim s'était estompée mais avait fait place à un mal de tête. Je commençais à avoir la bouche sèche et je salivais pour palier à ce "léger" désagrément.

Ça y est, le jour était réellement parti. Une "atmosphère" calme et paisible était arrivée, bien loin de la vision de la plupart des films d'horreur. Ce n'était pas la première fois que je goûtais ainsi aux joies de la nuit. J'avais déjà pu faire de nombreuses marches pieds nus à ces heures et à chaque fois, j'avais adoré cette "ambiance". De là où je m'étais installé, je pouvais entendre le chant des grenouilles, l'hululement d'une chouette et bien d'autres "petits" bruits qui allaient me bercer tout au long de ces prochaines heures.

Le deuxième jour fit place à l'introspection et à une sensation de flottement mais sans désagrément physique. Cependant, à la fin de celui-ci, le temps qui avait été jusque là frais mais pas froid sous un soleil automnal se transforma. Les nuages noirs poussés par un vent fort s'imposèrent dans le ciel. La pluie éparse du début devint très rapidement une véritable averse. Je protégea tant bien que mal mon tambour pour ne pas qu'il soit trop mouillé, puis je fus assailli par mon mental qui me répéta "qu'il fallait vraiment être "timbré" pour dépenser autant d'argent pour finalement se retrouver au pied d'un arbre, dans un cercle, sans manger, sans boire (malgré l'eau environnante), dans le froid, le vent, l'humidité, et j'en passe...". Au bout de quelques minutes, mes vêtements n'étaient plus humides mais franchement trempés. J'avais dû me mettre accroupi contre l'arbre car le sol n'arrivait plus à boire l'eau qui tombait, la terre s'était transformée en bouillasse et des flaques ainsi que des ruissellements se formaient par ci par là. La nuit était tombée depuis peut-être une ou deux heures et j'étais toujours dans mon mental quand je posa ma main sur une grenouille ou un crapaud. A ce moment là, tout changea. Je mis gentiment l'amphibien un peu plus loin et je me suis franchement assis dans la flaque. Mouillé pour mouillé... J'avais changé d'état d'esprit, j'avais lâché prise et j'étais réellement près à accueillir du fin fond de mes cellules les "choses"... et les "choses" arrivèrent...

Les 3 jours et 2 nuits prirent fin... J'aurais bien continué...

#Tranchesdevie